Milton H. Erickson

L'auto-hypnose pour l'autonomie

Les patients à l'oeuvre


Par Elise LELARGE, Edith HAMEON-BEZARD

Revue Hypnose & Thérapies brèves n°34.

Particulièrement remarqué et apprécié lors du récent congrès de La Rochelle, l’atelier d’autohypnose d’Elise Lelarge et Edith Haméon-Bézard a donné lieu à ce texte qui en
exprime l’essence. Grâce aux nombreuses études scientifiques, le bénéfice de la pratique quotidienne de l’autohypnose en douleur chronique n’est plus à démontrer. Comment apprendre aux patients à s’approprier suffisamment l’« outil » hypnotique pour une pratique aussi sécure qu’autonome à la maison ? Développer leur propre créativité pour ne pas tomber dans une « simple» relaxation ou détente, mais bien mettre en place des processus efficaces d’analgésie et de changement. Une expérience de groupe d’autohypnose pour lespatients a été mise en place au CITI depuis 2012. Des exemples concrets de la pratique clinique au cabinet vous permettront, à la fois, de développer votre pratique personnelle de l’autohypnose et de mieux accompagner les processus d’apprentissage de vos patients.


AU COEUR DE L’APPROCHE DE MILTON H. ERICKSON : LA FACULTÉ D’AGIR PAR SOI-MÊME


L’idée des groupes est née de la demande des patients. Comment mieux pratiquer à la maison ? Ayant remarqué pour euxmêmes l’utilité des séances d’hypnose en
consultations individuelles, beaucoup cherchent à s’approprier suffisamment l’outil.

Un double objectif est recherché :

- l’autonomie dans le présent : les études scientifiques montrent que le niveau d’amélioration dans les pathologies chroniques (parkinson, SEP, intestin irritable, douleur…) est lié à l’intensité de la pratique quotidienne,

- et la sécurité à long terme : se sentir capable de faire face à de nouvelles difficultés éventuelles dans l’avenir par la maitrise de l’autohypnose.

Les « K7 », enregistrées par le thérapeute, répètent par essence le même script. Le défi du groupe est de transmettre suffisamment l’apprentissage pour que chaque patient devienne capable de fabriquer sa propre séance suivant les besoins du moment. Au-delà d’une simple relaxation, développer à la demande catalepsie, lévitation, amnésie, analgésie, distorsion temporelles...
L’ancrage des ressources est au coeur de la pratique du groupe : regarde ce dont tu es capable.

LE CENTRE


Les locaux du CITI, avec la salle de réunion, formation, atelier, sont porteurs de ce projet. En nous installant ensemble2 en 2011, nous avons choisi d’avoir de l’espace. Dans ce cabinet, de groupe lui aussi, les idées, les inventions et la créativité sont stimulées. Les échanges informels le midi, tout comme le temps de staff hebdomadaire, permettent de partager la pratique, de se lancer des défis et de créer des solutions. Ce qui est vrai pour les fourchettes ne l’est pas pour les idées. Si nous avons chacun une fourchette, que tu me donnes la tienne alors que je te donne la mienne,
nous avons toujours chacun une fourchette.

Si nous avons chacun une idée, que tu me donnes ton idée et que je te donne la mienne, nous avons chacun deux idées. Comme au CITI certains ont plutôt 15 idées, j’ai parfois du mal à suivre… Ceci dit, ce qui marche pour les thérapeutesdoit marcher pour les patients. Proposer un espace pour les patients, leur permettre de partager leurs idées et solutions « de patients » qui sont souvent plus efficaces et utiles que nos idées « de thérapeutes ».

Edith Haméon-Bezard, médecin anesthésiste en retraite, hypnothérapeute, est venue rejoindre l’équipe du CITI pour proposer quelques consultations de thérapie et mettre ainsi son expérience au service des patients. Elle m’a fait l’amitiéd’être la première inscrite à mon groupe. Son enthousiasme pour cette activité m’a portée, et je vais maintenant lui laisser la parole.

EDITH (PARTICIPANTE)
J’ai choisi d’aller suivre les ateliers d’autohypnose proposés par Elise pour en découvrir les avantages. Je pense qu’il est bon, en tant que soignant, de se trouver « de l’autre côté de la barrière «, être patient de temps en temps pour vivre et comprendre ce qui est ressenti de ce côté-là. Depuis plusieurs mois, je participe au groupe, je découvre les bienfaits de cette forme de travail et je suis « addict » ! Nous sommes réunis à 5 ou 6 pendant deux heures, autour d’Elise, une fois par mois. Le groupe est ouvert, ce qui veut dire que de nouveaux participants peuvent se
joindre au groupe (après accord d’Elise).
Les niveaux de pratique sont donc différents.Nous  commençons la séance en nous présentant par nos prénoms, puis Elise nous demande nos attentes ou objectifs. Cela permet, d’une part d’adapter le travail à nos besoins, d’autre part de nous focaliser déjà sur les idées nouvelles et les solutions plutôt que sur la longue liste des causes, de ce qui ne va pas et de nos problèmes. Le travail hypnotique commence par ces conversations de début de groupe, à notre insu. Elise fait de nombreux recadrages sur la façon dont nous nous parlons à nousmême… « Essayer », « ne pas », « ne plus », « arrêter », pensées négatives de nous et croyances limitantes…
Autant de freins
qui entravent les processus naturels de guérison. Avec sa sonnette de comptoir, elle n’hésite pas à nous interrompre pour rendre conscients ces processus automatiques de dénigrement intérieur. Elle s’autorise beaucoup d’humour et des interventions parfois théâtrales pour nous faire, déjà, réagir. Ensuite commence le coeur du travail du groupe, l’apprentissage d’exercices simples, adaptés à notre demande. Il est parfois étonnant comme un même exercice peut répondre à des besoins très différents, l’aspect métaphorique de l’hypnose entrant en résonnance avec chacun, là où il est. Au-delà de la technique utilisée, c’est l’hypnose en elle-même qui est utile. Comme le disait Erickson : « aller à la rencontre de l’hypnose ». Les exercices expliqués, pratiqués puis réexpliqués, nous permettentde développer progressivement notre pratique personnelle à la maison.
Chacun peut
exprimer ce qui s’est passé entre deux séances, raconter ce qu’il a réussi. L’une raconte que ses migraines se sont espacées, qu’elle ne prend presque plus de médicaments, l’autre qu’elle dort mieux et ne fait plus de cauchemar, la troisième assure simplement que « ça va mieux ». Ces réussites sont d’excellents stimulants pour la pratique des autres membres du groupe, particulièrement pour les nouveaux, découvrant qu’il est possible d’atteindre l’objectif : d’autres l’ont fait. Quelle rigolade quand, parfois, personne ne se souvient des exercices du mois précédent ! Amnésie post hypnotique, transe profonde ?Heureusement, Elise prend des notes et nous recommençons puisque ça semble avoir si bien marché.

Travailler en groupe est un moteur. Lorsque l’on est plus avancé, on voit le chemin parcouru et les progrès réalisés. Ce mouvement vers l’objectif, cette dynamique de changement est notable chez chacun, au fur et à mesure des séances. Chacun des participants aide les autres à changer
leurs points de vue sur leurs problèmes. Cela crée un recadrage direct – par les commentaires –, et indirect : regarder une personne qui change est une excellente incitation au changement. Des phénomènes d’hypnose indirects très puissants entrent en jeu. Erickson l’utilisait souvent : hypnotiser une personne devant une autre peut créer une transe profonde chez l’observateur. Ecouter les histoires des autres et leurs solutions sont autant de métaphores pour chacun, et souvent celles des participants sont plus puissantes que celles du thérapeute. Cette pratique en groupe enrichit chacun de nouvelles ressources. Je l’ai personnellement ressenti ainsi qu’un réel
soutien pour ma pratique professionnelle. J’ai remarqué l’évolution chez chaque participant, l’autonomisation, au fil des séances. De plus, pratiquer ensemble crée du lien entre les participants. Ce sont comme des graines que l’on plante côte à côte, bien en terre, séance après séance, qu’il faut ensuite arroser régulièrement et qui peuvent devenir de belles plantes, voire plus.

PRINCIPES D’ANIMATION


Pour animer ces groupes, une solide expérience des phénomènes hypnotiques est utile : lévitation, catalepsie, amnésie, distorsions temporelles, altération du schéma corporel, analgésie... Autant de manifestations spontanées que je repère chez chacun, les aidant à ressentir pour eux-mêmes ces signes privilégiés de transe. S’associer ou se dissocier à la demande en fonction des besoins et des objectifs étant le but à atteindre. Je m’espère fondamentalement proche du travail d’Erickson. J’ai une grande confiancedans l’inconscient, l’esprit intérieur, notre partie sage, réservoir de compétences et d’apprentissages précoces. J’ai eu la chance de rencontrer Roxanna Erickson Klein à Nantes. De nos riches échanges j’ai envie de retenir deux axes : répondre aux besoins des patients et stimuler la plasticité cérébrale.

Répondre aux besoins des patients

Le groupe n’est pas à proprement parler préparé à l’avance. Il m’est plus agréable de co-créer, avec chacun et tous ensemble, le sur-mesure des besoins de ce jour-là. Comme en consultations individuelles, l’expression de l’objectif est importante : que souhaitez-vous que le groupe vous apporte ? Chacun parle, j’observe,je note, je rebondis, choisis et propose les exercices qui me semblent adaptés. Libre ensuite de faire ou ne pas faire, d’écouter ma voix ou une autre voix, une voix intérieure, une voix utile… A la maison, entre les groupes, apprendre aussi à définir un objectif. Que souhaitez-vous que cette séance d’hypnose vous apporte ? Attentive avec grand bonheur aux surprises de l’hypnose qui résout, parfois l’air de rien, d’autres problèmes que ceux que l’on croyait avoir, qui peut provoquer jusqu’àl’amnésie totale de ce qui nous gênait pourtant
depuis longtemps, ou nous proposer tout autre chose.

La sécurité intérieure est souvent le premier besoin. Exprimé ou non d’ailleurs, c’est au thérapeute d’être vigilant et de lerepérer. Les personnes réellement en danger dans leur vie extérieure ne sont pas accueillies dans le groupe ; elles doivent d’abord sécuriser leur présent. Pour être plus tranquille et travailler en confiance, le premier apprentissage du groupe est l’ancrage du présent3. La capacité immédiate à revenir, ici et maintenant, quelle que soit l’expérience négative que je suis en train de revivre. Quel objet ici, dans cette pièce ou dans mes affaires, désigne pour moi et de façon irréfutable le présent ? Je suis adulte, nous sommes le(date), et je participe à un groupe d’apprentissage de l’autohypnose. Kay Colbert, dans son expertise de la mindfulness, m’a transmis le même message : apprendre aux patients à sortir de l’expérience négative : « Get in and get out».

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Les autres articles de la Revue ce mois-ci...

Congrès Mondial d'Hypnose à Paris: Venez aussi !
A tous les praticiens de l’hypnose thérapeutique cet appel s’adresse.
Appel à communiquer au prochain congrès mondial d’hypnose à Paris, du 26 au 29 août 2015.
Jusqu’au 15 septembre prochain, vous êtes cordialement invités à proposer qui une conférence, qui un atelier, qui une participation à une table ronde.

Transe générative. Le grand voyage de conscience. Stephen GILLIGAN
Auteur majeur du courant éricksonien, Stephen Gilligan présente ici les fondements de son propre apport à la pratique et la théorisation de l’hypnose : la notion de transe générative. La transe générative est un espace expérientiel à partir duquel de nouvelles dimensions de la réalité peuvent être créées. Elle est ainsi un moyen efficace pour le voyage de conscience qui est au coeur d’une vie pleine de sens.

L'auto-hypnose pour l'autonomie. Elise LELARGE, Edith HAMEON-BEZARD
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Mieux vivre avec un cancer. Le rôle de l'hypnose. David OGEZ
Lentement, l’hypnose trouve sa place en cancérologie. David Ogez en présente une application originale : la prise en charge de l’après-annonce. Si le développement des approches chirurgicale, oncologique et radiothérapeutique permet aux traitements des maladies cancéreuses d’évoluer significativement, que la souffrance psychologique soit reconnue, et de ce fait, que la qualité de vie des patients soit prise en compte par l’essor de la psycho-oncologie, il n’en reste pas moins que le terme « cancer » génère autant d’incertitude que par le passé. En effet, il apparaît que, dans l’inconscient collectif, l’association automatique entre les notions de mortalité et de cancer représente une suggestion anxiogène complexe qui altère le bien-être du patient.

Concordanse. Thérapie conjugale ondulatoire. Frédéric BERBEN
Considérer l’individu qui constitue, avec son partenaire, le couple, est un fondement original pour envisager la thérapie conjugale comme une danse où l’hypnose suscite un accordage créatif. « Je me lève et je te bouscule, tu n’te réveilles pas, comme d’habitude, sur toi je remonte le drap, j’ai peur que tu aies froid, comme d’habitude, ma main caresse tes cheveux, presque malgré moi, comme d’habitude, mais toi tu me tournes le dos, comme d’habitude… ».

Face à un déficit en hormone de croissance. Marie Clotilde WURZ DE BAETS
La pratique de l’hypnose s’aventure dans de nouveaux chemins pour activer les ressources nécessaires pour faire face à la période de crise que représente, après une naissance, la découverte d’une maladie grave. Pour aider l’enfant comme les parents.Il était une fois dans mon histoire personnelle. Ou plutôt il était plusieurs fois dans mon histoire personnelle et professionnelle : des temps, des lieux, des moments où les contes se sont invités.

Hypno-philo: Ethiques de la coopération. Dr Thierry Servillat
Ce livre n’est pas à proprement parler de la philosophie. Richard Sennett est professeur de sociologie à New York et à la London School of Economics. Retraité, il prend le temps de compléter et terminer son oeuvre. Influencé par Michel Foucault, il a travaillé sur de nombreux sujets, dont, dernièrement, la question des compétences dont les gens ont besoin dans leur vie quotidienne. En commençant par celles requises dans l’artisanat, inspirant l’opus traité lors de notre dernier Hypnophilo.

“Vous pouvez compter sur moi ”. Dr Stefano COLOMBO Quiprocquo, Malentendu et Incommunicabilité 34
“ Vous pouvez compter sur moi ”.Voilà une phrase que le thérapeute est souvent tenté de prononcer. Elle est rassurante, presqu’une garantie. Elle a le parfum de la signature d’un contrat.Un contrat ? Un contrat prévoit la signature des deux parties. Alors ? Est-ce que le patient est aussitôt prêt à déclarer que le thérapeute peut compter sur lui ? Pas si sûr.

Suggestif, magnétique, sportif, et surtout réparateur...Antoine Bioy
Pour commencer cette rubrique, posons- nous la question de savoir si le fameux « Dormez, je le veux ! » n’était pas si absurde ? Cordi et coll. (2014) montrent en effet que des suggestions pré-repos reçues en état hypnotique améliorent de façon significative la durée du sommeil. Très exactement, il s’agit du sommeil lent profond, impliqué dans l’amélioration de la plasticité cérébrale, et des capacités de restauration du corps (stimulation des défenses immunitaires…)

Ici et ailleurs. Transes et mots d'est et d'ouest. Christine GUILLOUX
Troisième édition, du 6 au 8 février 2014, à Paris, pour ce colloque «Hypnose d’ici, Hypnose d’ailleurs» de l’Association Thérapies d’ici et d’ailleurs. Spécialistes internationaux en provenance des Amériques comme de la Russie, des Indes comme de la Suisse, et de diverses régions de France, médecins, psychologues, neuroscientifiques, sont intervenus autant comme conférenciers que comme animateurs d’ateliers tant dans le traitement de la douleur, du stress post-traumatique, de la gestion des émotions, de l’apport des neurosciences…

Jeunesse et hypnose médicale. Stéphane RADOYKOV
Les ferments d'Hypnocrate. Être médecin, ça veut dire quoi ? Tu verras quand tu seras grand. D’accord, mais c’est quoi alors être un bon médecin ? Tu verras cela en temps voulu. Et un mauvais médecin, qu’est-ce que c’est ? En serai-je un ? Et puis qu’est-ce que je fais là autour de toute cette souffrance ?

 



L'hypno-systémique : suspense en Allemagne

Par Gisela DREYER

Nous n’en finirons pas d’être surpris (enrichis !) par les particularités de l’hypnose allemande. Alors qu’en France, la systémie connaît une certaine crise dont on peut se demander si elle n’est pas en rapport avec le peu d’intérêt des systémiciens pourl’hypnose, nos collègues allemands adhèrent majoritairement à une vision qui conjugue pleinement ces deux regards qui s’affinent même mutuellement dans une créativité souvent inattendue...

La notion d’« hypno-systémique » réunit les conceptions de la thérapie systémique et celles de l’hypnose éricksonienne. Au cours des années 1970, l’équipe de Heidelberg (Helm Stierlin et Gunther Schmidt) a développé, en étroite coopération avec le groupe de Milan (Selvini, Boscolo, Cecchin, Prata), l’approche « systémique constructiviste ».
L’idée de base consiste à rappeler que les pensées, les émotions et les comportements de l’être humain s’opèrent toujours en rapport avec d’autres, dans leur contexte écologique. L’unité de base est la totalité du système dans lequel l’individu est intégré, unité qui englobe l’organisme ainsi que son entourage biosocial et physique. La pensée systémique souligne moins les caractéristiques de l’individu que celles des interactions qui garantissent la cohésion du système vivant qui suit des règles inhérentes se reproduisant en permanence, de lui-même, créant à chaque instant ses propres réalités.

Jamais une description ne peut être une reproduction exacte de ce qui « existe réellement » ; elle apparaît par la focalisation de l’attention à travers les cinq sens (VAKOG). Cette approche s’inscrit dans le courant de la maxime constructiviste de Maturana et Varela (1982) suivant laquelle « la réalité est une construction consensuelle qui apparaît comme si elle existait “objectivement” ». C’est la théorie de l’autopoïèse développée dans le prolongement de Bateson et de Wittgenstein. Chaque individu développe au
cours de sa vie ses propres structures de perception et d’intégration du vécu, ainsi qu’un propre mode de fonctionnement biologique du cerveau par systèmes fermés.
Milton Erickson – mort en 1980 – s’est déjà, au cours des années 1930, orienté vers ces concepts qui sont confirmés parles recherches actuelles en neurologie. A
la différence des systèmes humains, les systèmes purement biologiques ont une fin en soi et ne peuvent pas être simplement transférés.

La pensée systémique, comme celle de l’hypnose, partage une vision identique sur la manière dont des changements interviennent. Le vécu de l’individu est expression des représentations (schémas, patrons) engendrées au cours de la vie, constituant des réseaux d’associations au niveau neurologique en permanente réassociation. Un changement intervient par la création de différences. Evénements et symptômes sont le résultat d’actions et d’interactions. Une vision purement psychique est forcément réductrice. Pour réaliser des transformations, il n’est nullement nécessaire de modifier un réseau entier, il suffit d’introduire de petites disparités au niveau des enchaînements pour provoquer une transformation de l’ensemble du système,puisque tout réseau est en permanente interaction (tache d’huile).

Gunther Schmidt écrit dans une de ses publications : « Au retour de ma visite chez Milton Erickson peu avant sa mort, je me suis efforcé en priorité de relier les conceptions
systémiques - constructivistes si précieuses avec les modèles éricksoniens. Cela m’a amené à créer l’appellation d‘hypnosystémique, puisque les deux approches
présentent de nombreux parallèles, aussi bien au niveau théorique qu’au niveau des stratégies d’action (méthodes). Leur intégration a encouragé à la révision d’un certain
nombre de positionnements des deux concepts. Mon séjour chez Erickson a fondamentalement changé ma propre manièrede penser et d’agir, comme d’ailleurs celle du monde systémique en Allemagne. »

Y A-T-IL UNE RÉALITÉ ? TOUT EST PERCEPTION

Le « Je perçois ! » ne peut pas être une image photographique de ce qui « est », mais un acte créateur autonome et autoorganisé.C’est le résultat d’un choix parmi diverses stimulations de ce que l’on appelle la « perception ». Nous sommes intégrés dans un jeu dialectique de changements permanents (comme dans une danse) que nous concevons de manièreautonome, sans toutefois être complètement indépendants. Au sein de la mémoire,la mulébreux « passés » et de nombreux « avenirs ». Nous réactivons ces réseaux suivant les sollicitations de l’instant (par exemple, musique, odeur, mimiques, etc.) qui sont pour une grande partie in-conscientes. Par une intervention hypnosystémique, elles sont rendus conscientes en dégageant émotions, souvenirs, réactions corporelles, explications, jugements de valeur, attentes, métaphores, etc. Nous
créons en permanence notre perception par nos pensées et imaginations, en activant ces réseaux qui produisent la « réalité» dominante accompagnée d’une réaction au niveau du corps (des muscles,des hormones, de la tension artérielle, de la respiration, du pouls, de la coordination, etc.), et présumons souvent qu’elle est le produit de forces extérieures ou d’impulsions intérieures incontrôlables. Pour maîtriser cette complexité, nous inventons des catégories qui souvent s’avèrent restrictives ou même répressives
(diagnostics).

DIALECTIQUE HYPNO-SYSTÉMIQUE

Affirmer que toute transformation au niveau individuel – qu’elle soit intentionnelle ou non – ait des répercussions surle système social (couple, famille, entreprise…) est une banalité. Ceci est vrai aussi bien à propos des changements concernant les symptômes que pour l’introduction de (nouvelles) ressources. Vivant un problème, l’individu se sent affaibli, diminué, vieilli (etc.), ne correspondant plus aux désirs de son entourage. Il se peut pour -tant que le « problème » soit une preuve, par exemple, de loyauté, d’honnêteté ou de fidélité. Les problèmes s’avèrent donc comme des tentatives de solution dans des situations de porte-à-faux. On pourrait même affirmer que « les problèmes sont des solutions » (Klaus Mücke). Souffrir d’un symptôme est vécu comme une expérience négative, comme signe d’une incompétence ou d’un déficit à effacer,
à faire disparaître. De telles réactions s’avèrent particulièrement résistantes à la transformation souhaitée. L’idée qu’elles peuvent avoir un contenu raisonnable,même judicieux, ou être un soutien, apparaît dans l’immédiat souvent comme erroné et/ou aberrant.

Gisela DREYER - Psychologue clinicienne en cabinet privé à Bonn en Allemagne. Correspondante de la revue Internationale « HYPNOSE &Thérapies Brèves ».


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Edito : Erickson en Ile-de-France. Dr Thierry Servillat
La vogue de l’hypnose est actuellement réelle dans les pays européens francophones. En anesthésie d’abord, et dans bien d’autres champs bien sûr. Et c’est l’approche éricksonienne qui est la plus diffusée et enseignée, même si d’autres orientations (hypnoanalyse, hypnose cognitive comportementale, hypnose énergétique d’inspiration asiatique, etc.) ont aussi une place notable. Cette « hypnodiversité » apporte une multitude d’outils, un véritable foisonnement qui justifie la création d’une nouvelle rubrique dans notre revue.

 




Hypnose de la douleur. L'art du son en pratique facile. Stéphane OTTIN PECCHIO
Il paraît que ceux qui savent faire de l’hypnose de la douleur peuvent tout faire en hypnose. La tâche est en effet difficile, alors peut-on se priver de l’aide du son ? Lorsqu’il y a trois ans j’ai pris un poste au Centre d’évaluation et de traitement de la douleur (CETD) de l’hôpital Tenon à Paris, une question pratique s’est posée : quel instrument de musique choisir pour accompagner mes séances d’hypnose dans une salle de consultation polyvalente ?

 

 

 

 

Hypnothérapie des stress post viols sous stupéfiants. Gérald Brassine
Sortir de l'emprise chimique. Concepteur de la Psychothérapie du Trauma Réassociative (PTR), Gérald Brassine partage sa longue expérience hypnothérapique des patients abusés sexuellement avec usage de stupéfiants. L’observateur inexpérimenté dans le traitement des traumas pourrait à juste titre s’interroger sur le fait qu’une personne ayant vécu une agression sexuelle en état de totale inconscience, puisse présenter ou non les symptômes habituellement rencontrés dans les cas d’Etats de stress post-traumatiques (ESPT). Pourtant, que le patient (ou la patiente) soit totalement inconscient d’avoir été un jour victime d’une telle agression ou qu’il (ou elle) n’ait que quelques souvenirs de l’avant et de l’après agression, la présence des symptômes du psycho-trauma est frappante.
 

 

Témoignage d'une tumorectomie sous hypnose. Nathalie Schlatter Milon
La force du témoignage d’un soignant passé « de l’autre côté » est précieuse car elle nous rapporte des informations d’un voyage singulier qui nous indique la possibilité des ressources pour effectuer le passage. L’hypnose médicale est un puissant outil dont chaque expérience est unique. Unique pour chacun, et pour une même personne, différente à chaque fois. Ce texte n’a de valeur qu’en référence à qui je suis, c’est un témoignage et pourtant, derrière les mots, chacun pourra y trouver le souffle, la dynamique qui lui deviendra propre.

 

 

 

Parkinson/ Erickson, ça rime ! Laurent Bujon
Infirmier très doué, Laurent Bujon reprend ici un précédent article pour développer son expérience mûrie durant plusieurs années de prise en charge de patients souffrant de maladie de Parkinson. Ma première rencontre avec l’hypnose date d’une dizaine d’années, en salle de réveil où j’étais infirmier intérimaire. Je fus très surpris par le comportement des patients bénéficiant de cette approche : plus calmes, peu algiques, avec des constantes régulières pour la plupart. Et surtout: la «levée » d’anesthésie était plus douce. J’ai aussi travaillé en SMUR et services.

 

Hypno-philo : Possibilité de l'amour. Dr Thierry Servillat
L’importance du dernier livre de Robert Misrahi pour nous, soignants, thérapeutes, aidants, est telle que nous nous devons de revenir vers l’œuvre de ce philosophe peu médiatique, voire discret. Car il s’agit d’un ouvrage de philosophie très concrète, qui se préoccupe assez directement de santé puisqu’il s’occupe d’une manière assez nouvelle d’envisager la vie de couple où la joie est possible à l’intérieur d’une relation d’amour réussie.
 

 

"Sauf votre respect". Dr Stefano COLOMBO
Sauf votre respect, le lecteur est un imbécile ! Imaginez, un instant, qu’un article, un roman ou un quiproquo commence ainsi. Vous allez sur-le-champ refuser de continuer la lecture et chercher l’adresse de la rédaction pour lui écrire toute votre colère. Peut-être. Peut-être ? Sûrement, affirmez-vous. Pas si sûr. Pas si sûr ? Vous allez voir. Vous n’allez quand même pas croire que moi, lecteur, je me laisse traiter d’imbécile à la légère.

 

 

Joyce C. Mills : Histoires à grandir. Christine GUILLOUX
Paris. Place de la Sorbonne. Place de la Nation. Quai Saint-Augustin. Le garçon de café plaisante avec Joyce, l’assiette arrive riche de couleurs et de saveurs en un agencement ô combien esthétique, le repas se partage longuement, sans qu’il soit question d’y mettre une limite, avec l’autre ou les autres et c’est goût de bonheur. Joyce pétille et s’émerveille. Paris, ville magique, porteuse de la France, riante de beautés autant que de créativités, de subtilités et d’art de vivre.

 

 

Autour des « classes de maître ». Gaston Brosseau
Griffées Dior, Yves Saint-Laurent ou Versace. Ne vous fiez pas au titre de ce texte, il fallait bien lui donner un petit accent accrocheur ! En fait, je vais parler pour ma paroisse, beaucoup même, et relater mon expérience de formateur invité à donner des classes de maître, d’une journée, de deux jours, de trois jours et même de cinq jours consécutifs en France et au Québec. D’abord, si vous êtes du groupe des formateurs invités, c’est que vous êtes probablement dans la profession depuis belle lurette.

 

 

La feuille blanche. Dr Marc Galy
La pratique de l’hypnose dans les structures hospitalières s’amplifie actuellement.
Elle intéresse différentes spécialités et principalement les anesthésistes dans le cadre : du bloc opératoire, de certains gestes techniques, de soins douloureux et de la prise en charge des douleurs chroniques. Les raisons en sont multiples et je retiens : le développement des actes sous locorégionale, la recherche d’une anesthésie peu ou non médicamenteuse qui s’associe à une prise en charge médicochirurgicale mini-invasive, réduisant l’agression chirurgicale.
 

 

Vivre l'exceptionnel. Dr Claude Virot
Je suis né un dimanche soir juste à la fin de la kermesse de l’école du village. Est-ce de là que me vient le goût des fêtes, des rassemblements, de ces jours spéciaux hors du quotidien, de l’ordinaire que chacun vit chez soi à sa manière, à son rythme ? Je ne sais pas, mais j’ai gardé beaucoup de souvenirs du pardon, fêtes du Saint Patron où tout le monde se retrouve à l’église puis aux manèges et stands des forains ambulants, du 14 juillet, fête nationale, où après les courses en sac ou à la cuillère, après les concours de vélos fleuris pour les enfants, tout le monde se trouve sur la place pour danser au son de l’accordéon.