Psychothérapeute

Thérapeutes en Exercice. S'affranchir des idées restrictives

Fabienne KuenzliFabienne KUENZLI, pour la Revue Hypnose & Thérapies Brèves N°31    

 
Un exercice à appliquer en supervision de groupe ou avec des professionnels de l’aide en proie à des difficultés. Pour élargir nos possibilités d’être utiles.
 
La critique postmoderne a tenté de nous rendre sensibles à l’influence des idées sur nos pratiques. Jacques Derrida, en parlant de « pratiques déconstructives », nous engage constamment à prendre une position réflexive pour observer l’effet de certaines idées sur nos pratiques. Depuis 1994, j’ai utilisé la notion d’idées restrictives dans ma pratique et mes enseignements, sans la formaliser, pour décrire comment et en quoi certaines idées pourraient influencer nos pratiques. C’est aujourd’hui chose faite et voilà baptisées les nouvelles idées restrictives et leur ribambelle d’influence.  

Nous appelons « idées restrictives » des idées que nous avons tous reçues, parfois malgré nous, et qui limitent notre relation au monde. Ces idées ont été activement induites et construites par la famille, l’enseignement explicite ou implicite, la société ou la culture ou les sous-systèmes dans lesquels nous vivons. Certaines de ces idées proviennent de la manière dont vous-mêmes avez vécu votre propre expérience. Ces idées sont restrictives parce qu’elles contraignent, diminuent le champ des possibilités ; elles nous invitent à fonctionner sur « pilote automatique » plutôt que de prendre en compte la réalité en constante transformation et l’unicité de la situation et des personnes qui nous consultent. Les idées restrictives laissent nos pratiques peu créatives, les entourant d’un parfum d’inertie. Elles créent des espaces saturés laissant des autoroutes pour les labellisations, les idées peu productives, peu utiles pour nos clients.

Pour vous présenter l’illustration de l’effet que peuvent avoir les idées restrictives, je vous présente dans cet article un exercice que j’ai souvent proposé dans le contexte d’enseignement  de la psychothérapie ou de la supervision. Le but est que vous puissiez expérimenter l’utilité de ce nouveau concept socio-constructiviste : les idées restrictives. Il n’est pas question de rajouter un nième maillon à votre déjà chargé chapelet de jargon systémique. Une fois l’expérience faite, vous déciderez si ce concept peut s’avérer utile à vos pratiques.

Le but de cet exercice est de créer un contexte dans lequel vous pourrez prendre conscience des idées que vous avez reçues, parfois malgré vous, sur votre travail et les relations à vos clients, et en quoi ces idées modifient la relation que vous pouvez entretenir avec eux. Ces idées font souvent partie du registre moins conscient.

Evidemment, si l’on pouvait devenir plus clairement conscient de l’effet de ces idées restrictives leur force tarirait, comme le montre souvent, dans les faits, cet exercice. Il nous semble pertinent de prendre conscience de nos idées restrictives pour que nous puissions mieux nous en affranchir. Sinon nous risquerions de rester à leur merci sans percevoir leurs impacts sur nos clients.

Dans la pratique de cet exercice, constitué principalement de questions, il est important, comme d’ailleurs dans toute idée qui se veut respectueuse, de ne pas créer des diktats mais de permettre des pratiques que nous aimons qualifier de génératrices de possibilités. Le langage a une force telle d’ailleurs que peu importe si les réponses sont échangées avec les autres membres du groupe ou non. Le langage que l’on se dit à soi peut aussi avoir un effet générateur. Il peut aussi avoir de l’efficacité en offrant des questions qui créent des espaces réflexifs tout en respectant que la personne ne puisse, ou ne désire, répondre à ce moment précis.

Cet exercice vous permettra de faire l’expérience de mieux comprendre en quoi et comment certaines « idées restrictives » peuvent limiter la possibilité de travailler au faîte de votre potentiel. Rappelez- vous, n’échangez avec les membres du groupe que les propos que vous vous sentez suffisamment confortables d’échanger. Tout est question de contexte évidemment. Vous pouvez en tout temps protéger votre sphère privée ou refuser de répondre à une question qui vous semble privée.   
 
QUELQUES RECOMMANDATIONS   
 
Le moment plus difficile de l’exercice est de choisir dans la liste ci-dessous une idée restrictive. Si vous choisissez autre chose, vous passerez totalement à côté de l’exercice.  

Second avertissement : la séquence et la forme des questions sont fondamentales. Elles font la valeur de l’exercice. Si vous êtes comme la plupart d’entre nous, cliniciennes, cliniciens, des électrons libres, pour une fois, faites l’expérience de cette expérience sans l’altérer. Après quoi, usez votre sens critique et décidez. Si vous changer les règles en amont, vous créez un autre exercice ; vous ne pourrez alors juger que de ce que vous avez déjà transformé.

Troisième recommandation: à la manière dont vous posez des questions, utilisez votre qualité clinique pour mettre à profit cet exercice. Si vous « bombardez » votre interlocuteur de ces questions sans prendre le temps de lui laisser répondre, il ressentira peut-être l’expérience comme rapide, voire au pire intrusive. Cela ne sera pas dû à la sémiotique des questions, mais plus à votre attitude. Suivez le rythme de la personne à qui vous posez des questions, usez de délicatesse, de subtilité, d’élégance, de sensibilité.
 
VOICI L’EXERCICE  
 
Même si vous ne pensez pas avoir d’idée restrictive, lisez la liste et prenez une idée avec laquelle vous n’êtes pas très confortable. Choisissez-en une de la liste et essayer l’exercice réflexif suivant. Exemples d’idées restrictives:  
 
1. Il ne faut pas être trop proche de nos clients.  
2. Il ne faut pas être trop distant(e) de nos clients.  
3. Certains clients sont résistants.  
4. Les psychothérapeutes doivent parfois prendre le rôle d’un éducateur, d’un parent, d’un enseignant. (Choisissez une idée de la liste)  
5. Avec certains clients, vous pouvez essayer ce que vous voulez cela ne changera rien, ils sont bloqués.  
6. Mon travail est ennuyeux.  
7. Je stagne dans mon travail.  
8. Certaines personnes ne veulent pas changer.  
9. On ne peut pas travailler s’il n’y a pas de demande.  
10. Certains clients sont défensifs.  
11. Certains clients sont résistants.  
12. Le changement est très difficile, très lent dans cette structure institutionnelle.  
13. Les clients sont trop « malades » les pathologies trop lourdes pour pouvoir aider.
14. Mon travail est trop répétitif.  
15. Mon travail n’est pas assez stimulant.  
 
1er temps : former un groupe de cinq ou six personnes. Dans chacun des groupes, chaque participant va examiner (directement ou indirectement) une de ses idées sur les clients, patients. Définissez dans votre groupe 3 positions différentes :  
1. Une personne qui pose les questions.   
2. Une personne qui se fait interroger sur ses idées restrictives.  
3. Un groupe formé de trois ou quatre personnes qui créeront un « reflecting team » (une équipe réflexive). Ce groupe fera, après l’entretien des observations et commentaires sur la discussion.    
 
FABIENNE KUENZLI  
 
Docteure en Psychologie, Spécialiste en Psychothérapie. Droit de Pratique Suisse (1997) et Californie (Licensed Marriage, Family and Couples Therapist, 2003). Travaille et se forme durant 12 ans aux USA aux approches systémiques (socioconstructivisme), à l’hypnose Ericksonienne (à Phoenix, Arizona) et à la Gestalt. Auteure d’articles et d’un livre (Inviting reflexivity into the therapy room, How therapists think in action, University Press of America, 2006). Sa passion pour son travail l’amène à travailler dans des ghettos de la banlieue de Los Angeles avec des milieux ethniques et sociaux-économiques défavorisés.




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Revue

DIS POURQUOI – Dr Thierry Servillat

Jeune adolescent, Milton Erickson se levait la nuit pour s’occuper du journal de son lycée. Puis se recouchait après avoir écrit des articles qu’il découvrait le matin suivant à son réveil. Il est 22h26. Je ne suis pas trop en transe. Je vais essayer sa méthode pour écrire cet éditorial. Sur quoi pourrais-je le faire ? Qu’est-ce qui m’amusé aujourd’hui ? J’ai bien ri avec ma dernière patiente tout à l’heure, adolescente en proie à des crises de boulimie (sans vomissements). Elle m’a demandé si elle pouvait aller dans du « fantastique », je lui ai donné l’autorisation, puis lui ai simplement proposé, une fois entrée en transe, de monter en montgolfière, verticalement et lentement, pour atteindre les nuages « roses et gris ».

A LA MANIERE DE – Dr Philippe AÏM

POUR VOIR UN PEU PLUS LOIN ? Premier à répondre à Dominique Megglé, c’est avec respect que Philippe Aïm triture la parole du maître. Avec audace aussi, il conjugue humilité et fierté pour contribuer à penser la question de la transmission entre générations. 2007 : Au moment du forum de Liège, je suis interne à Nancy. J’ai à peine 27 ans et je vais découvrir l’hypnose en m’inscrivant au D.U. d’hypnose médicale de Paris VI. Je me prends virtuellement une baffe en écoutant Roustang parler de l’hypnose et je « tombe dans la marmite». J’achète les premiers numéros de la revue HYPNOSE & Thérapies Brèves, et le premier article que je lis est le premier du numéro 1 : « Les thérapies brèves » par D. Megglé. Le style est percutant et attractif, les idées me passionnent. J’entame une autre formation l’année suivante à l’hypnose et aux thérapies brèves à Nantes et je me mets à pratiquer autant que possible.

TRANSE, RIPAILLES ET EMERGENCE – Béatrice Dameron

ECLAIRAGE NARRATIF. Un deuxième et dernier (pour ce numéro en tout cas !) apport eu débat, envoyé spontanément (comme le précédent) par une praticienne de la thérapie narrative. Et qui le nourrit ! Un triple merci à D. Megglé : Pour avoir instillé dans son article la vivacité nécessaire pour réveiller la torpeur des premières chaleurs estivales et saluer ainsi la sortie de la « période sèche » de l’hypnose, celle des unanimismes illusoires qui durent ce que durent les temps de crise. Pour offrir à nos synapses une bonne controverse, et donc l’occasion de pratiquer quelques étirements qui nous réchaufferont jusqu’aux premiers frimas. Rien de tel en effet qu’une querelle des Anciens et des Modernes pour enflammer derechef le débat à coups de surenchères, et offrir un boulevard aux professions de foi adverses ou autres revendications en intégrisme supérieur.

THERAPEUTES EN EXERCICE – Dr Fabienne Kuenzli

S’AFFRANCHIR DES IDÉES RESTRICTIVES. Un exercice à appliquer en supervision de groupe ou avec des professionnels de l’aide en proie à des difficultés. Pour élargir nos possibilités d’être utiles. La critique postmoderne a tenté de nous rendre sensibles à l’influence des idées sur nos pratiques. Jacques Derrida, en parlant de « pratiques déconstructives », nous engage constamment à prendre une position réflexive pour observer l’effet de certaines idées sur nos pratiques. Depuis 1994, j’ai utilisé la notion d’idées restrictives dans ma pratique et mes enseignements, sans la formaliser, pour décrire comment et en quoi certaines idées pourraient influencer nos pratiques. C’est aujourd’hui chose faite et voilà baptisées les nouvelles idées restrictives et leur ribambelle d’influence. Nous appelons « idées restrictives » des idées que nous avons tous reçues, parfois malgré nous, et qui limitent notre relation au monde.

UNE FAIM EN SOI – Cynthia Drici

HYPNOSE ET PROBLEMES DE POIDS. L’hypnose peut avoir une place de choix dans la thérapeutique des problèmes de surpoids et d’obésité. A condition qu’elle prenne délicatement en compte la pluralité des besoins du patient. Cynthia Drici nous montre comment cela peut être entrepris dans le contexte habituel ainsi que celui après une chirurgie bariatrique. S’il est vrai que chaque patient est différent, il y a des problématiques qui sont, elles, très récurrentes et similaires. En effet, tout comme il est fréquent de se voir adresser un patient pour un sevrage tabagique, il est également tout à fait courant de recevoir en consultation un patient (qui la plupart du temps sera d’ailleurs une patiente) qui souhaite « faire de l’hypnose pour perdre du poids ».

ZONE DE CONFORT – Thierry Zalic

LA FACILITÉ D’ÊTRE BIEN. Beau travail d’écrivain thérapeute, autour de l’apport quantique au sein des thérapies brèves. A tout moment, l’individu a le choix d’être bien (ou le mieux possible). Rien ne l’en empêche. C’est à partir de cette proposition, vraisemblable ou non, qu’une part de ma pratique a vu le jour. Elle s’est imposée à moi naturellement, comme un jour la transe pénètre celui qui l’a longtemps cherchée. Quand mes confrères multiplient les séances, une à trois séances suffisent pour que la vie s’allège. Le patient ne comprend plus comment il a pu en être autrement. Lecteur, ne crois pas là à une forfanterie; je témoigne comme il m’intéresse énormément de te voir témoigner.

HYPNO-PHILO : QUAND LA BEAUTE NOUS SAUVE – Dr Thierry Servillat

Le titre du dernier livre de Charles Pépin, jeune (40 ans) professeur de philosophie, ne pouvait que m’interpeler. Surtout avec le Jaune et or de Mark Rothko en couverture. Si comme moi vous n’avez pas encore de culture dans ce champ difficile qu’est l’Esthétique, ce livre est pour vous. La première phrase : « Commencez par imaginer une femme…» démarre fort pour nous hypnothérapeutes. L’auteur nous propose d’avoir affaire à quelques humains qu’il met en situations afin d’illustrer, mais aussi manifestement de penser son propos qui explore la question : que peut-on attendre de la beauté ?

QUIPROQUO, MALENTENDU ET INCOMMUNICABILITÉ : « AUCUNE IDEE » - Dr Stefano Colombo et Muhuc

- Allô, docteur Reçoit ?
- Bonjour, je regrette mais, actuellement, je ne reçois pas.
- Non, je veux dire : êtes-vous bien le Dr Reçoit ?
- Ah, oui ! Bien sûr : Reçoit en personne.
- J’espère ! Vous n’allez quand même pas consulter par courriel ou Skype.
- Je voulais dire que c’est bien le Dr Reçoit en personne qui vous répond.
- Permettez-moi une question : comment peut-on être médecin et avoir un tel nom?
- Aucune idée.
- Comment aucune idée ?
- Vrai ! Vous avez raison : comment peut-on avoir « aucune idée « si on n’en a pas.
- On n’en a pas de quoi ?
- D’idée justement !

RECHERCHE : L’HYPNOSE SUR LA VOIE DE LA SUBJECTIVITE – Antoine Bioy

Commençons par une étude épidémiologique d’envergure (Purohit et al, 2013), qui montre que l’hypnose, avec d’autres thérapies « corps esprit » (selon la classification OMS), est un recours spontané pour les patients ayant des troubles neuropsychiatriques (anxiété, dépression, insomnie, maux de tête, troubles de la mémoire, déficits attentionnels, troubles du sommeil journalier). Ainsi, sur plus de 23000 patients, un quart ont recours à ces thérapies complémentaires contre 15% dans la population générale. Les chercheurs montrent également que plus les patients ont de symptômes, et plus ce recours est important. La raison la plus souvent invoquée par les patients est un manque d’efficacité des thérapeutiques médicales traditionnelles. Pour autant, 70% des patients ne parlent pas de ce recours aux thérapies « corpsesprit » à leur médecin.

COINCIDENCES : L’URGENCE DE LA CRÉATIVITÉ – Olivier Prian

Bon anniversaire ! 10 ans déjà ! A cheval sur les années 2002 et 2003, l’effectif au grand complet du service des urgences de la Clinique La Sagesse à Rennes (soit une trentaine de professionnels de santé – infirmières, surveillante, aides soignantes, médecins – et les secrétaires pour la première partie) a suivi la formation « hypnose et douleur aigüe ». Ce fut, est-il besoin de le dire aux lectrices et lecteurs avertis de cette revue, une expérience des plus riches et particulièrement stimulante sur un plan créatif. Chaque session a été l’occasion de découvertes, de déséquilibres et d’apprentissages, en route vers un changement dont nous ne mesurions pas l’ampleur. Un questionnaire distribué un an plus tard soulignait ce changement des pratiques professionnelles à l’unanimité.

CUISINES ET MERVEILLES : MELONGENE, UNE ENIGME – Joëlle Mignot

Avez-vous déjà caressé une belle mélongène? Avez-vous déjà laissé lentement glisser la pulpe de votre doigt pour en sentir la finesse et le velouté ? Sa peau brillante et lisse est étonnante de douceur et de fermeté, sa robe améthyste profond protège une chair légère et absorbante qui ne demande qu’à se gorger de la meilleure huile d’olive pour en favoriser la cuisson lente et goûteuse, préparant une fête des sens…
« al-bâdinjân » ( ) en arabe puis mélongène en latin, melanzana en italien, elle répond également aux doux noms de brindelle à la Réunion et de bélangère aux Antilles, et patlican en turc où elle trône en reine dans la cuisine ottomane. Qui est-elle ?

HYPNOSE DÉTOURNÉE ET EMPRISE FLASH. NOUS DEVONS DIRE NON. Yves HALFON

Le mot « hypnose » est noble », mais il y a des manières « inacceptables » d’utiliser l’hypnose. Voici quelques réflexions sur la survenue médiatique de l’hypnose de rue, de l’hypnose « flash » et de l’utilisation malencontreuse de ces pratiques par des individus sûrement ignorant de la dangerosité de ces méthodes sur les personnes. A propos de l’utilisation inappropriée et choquante de l’hypnose par les hypnotiseurs de rue et de music-hall, et avec parfois la complicité naïve des sujets victimes de cette manipulation, nous pouvons dire qu’il se crée une relation perverse, qui pourrait être préjudiciable à la personne qui se prête au jeu du manipulateur.
 




L'auto-hypnose pour l'autonomie

Les patients à l'oeuvre


Par Elise LELARGE, Edith HAMEON-BEZARD

Revue Hypnose & Thérapies brèves n°34.

Particulièrement remarqué et apprécié lors du récent congrès de La Rochelle, l’atelier d’autohypnose d’Elise Lelarge et Edith Haméon-Bézard a donné lieu à ce texte qui en
exprime l’essence. Grâce aux nombreuses études scientifiques, le bénéfice de la pratique quotidienne de l’autohypnose en douleur chronique n’est plus à démontrer. Comment apprendre aux patients à s’approprier suffisamment l’« outil » hypnotique pour une pratique aussi sécure qu’autonome à la maison ? Développer leur propre créativité pour ne pas tomber dans une « simple» relaxation ou détente, mais bien mettre en place des processus efficaces d’analgésie et de changement. Une expérience de groupe d’autohypnose pour lespatients a été mise en place au CITI depuis 2012. Des exemples concrets de la pratique clinique au cabinet vous permettront, à la fois, de développer votre pratique personnelle de l’autohypnose et de mieux accompagner les processus d’apprentissage de vos patients.


AU COEUR DE L’APPROCHE DE MILTON H. ERICKSON : LA FACULTÉ D’AGIR PAR SOI-MÊME


L’idée des groupes est née de la demande des patients. Comment mieux pratiquer à la maison ? Ayant remarqué pour euxmêmes l’utilité des séances d’hypnose en
consultations individuelles, beaucoup cherchent à s’approprier suffisamment l’outil.

Un double objectif est recherché :

- l’autonomie dans le présent : les études scientifiques montrent que le niveau d’amélioration dans les pathologies chroniques (parkinson, SEP, intestin irritable, douleur…) est lié à l’intensité de la pratique quotidienne,

- et la sécurité à long terme : se sentir capable de faire face à de nouvelles difficultés éventuelles dans l’avenir par la maitrise de l’autohypnose.

Les « K7 », enregistrées par le thérapeute, répètent par essence le même script. Le défi du groupe est de transmettre suffisamment l’apprentissage pour que chaque patient devienne capable de fabriquer sa propre séance suivant les besoins du moment. Au-delà d’une simple relaxation, développer à la demande catalepsie, lévitation, amnésie, analgésie, distorsion temporelles...
L’ancrage des ressources est au coeur de la pratique du groupe : regarde ce dont tu es capable.

LE CENTRE


Les locaux du CITI, avec la salle de réunion, formation, atelier, sont porteurs de ce projet. En nous installant ensemble2 en 2011, nous avons choisi d’avoir de l’espace. Dans ce cabinet, de groupe lui aussi, les idées, les inventions et la créativité sont stimulées. Les échanges informels le midi, tout comme le temps de staff hebdomadaire, permettent de partager la pratique, de se lancer des défis et de créer des solutions. Ce qui est vrai pour les fourchettes ne l’est pas pour les idées. Si nous avons chacun une fourchette, que tu me donnes la tienne alors que je te donne la mienne,
nous avons toujours chacun une fourchette.

Si nous avons chacun une idée, que tu me donnes ton idée et que je te donne la mienne, nous avons chacun deux idées. Comme au CITI certains ont plutôt 15 idées, j’ai parfois du mal à suivre… Ceci dit, ce qui marche pour les thérapeutesdoit marcher pour les patients. Proposer un espace pour les patients, leur permettre de partager leurs idées et solutions « de patients » qui sont souvent plus efficaces et utiles que nos idées « de thérapeutes ».

Edith Haméon-Bezard, médecin anesthésiste en retraite, hypnothérapeute, est venue rejoindre l’équipe du CITI pour proposer quelques consultations de thérapie et mettre ainsi son expérience au service des patients. Elle m’a fait l’amitiéd’être la première inscrite à mon groupe. Son enthousiasme pour cette activité m’a portée, et je vais maintenant lui laisser la parole.

EDITH (PARTICIPANTE)
J’ai choisi d’aller suivre les ateliers d’autohypnose proposés par Elise pour en découvrir les avantages. Je pense qu’il est bon, en tant que soignant, de se trouver « de l’autre côté de la barrière «, être patient de temps en temps pour vivre et comprendre ce qui est ressenti de ce côté-là. Depuis plusieurs mois, je participe au groupe, je découvre les bienfaits de cette forme de travail et je suis « addict » ! Nous sommes réunis à 5 ou 6 pendant deux heures, autour d’Elise, une fois par mois. Le groupe est ouvert, ce qui veut dire que de nouveaux participants peuvent se
joindre au groupe (après accord d’Elise).
Les niveaux de pratique sont donc différents.Nous  commençons la séance en nous présentant par nos prénoms, puis Elise nous demande nos attentes ou objectifs. Cela permet, d’une part d’adapter le travail à nos besoins, d’autre part de nous focaliser déjà sur les idées nouvelles et les solutions plutôt que sur la longue liste des causes, de ce qui ne va pas et de nos problèmes. Le travail hypnotique commence par ces conversations de début de groupe, à notre insu. Elise fait de nombreux recadrages sur la façon dont nous nous parlons à nousmême… « Essayer », « ne pas », « ne plus », « arrêter », pensées négatives de nous et croyances limitantes…
Autant de freins
qui entravent les processus naturels de guérison. Avec sa sonnette de comptoir, elle n’hésite pas à nous interrompre pour rendre conscients ces processus automatiques de dénigrement intérieur. Elle s’autorise beaucoup d’humour et des interventions parfois théâtrales pour nous faire, déjà, réagir. Ensuite commence le coeur du travail du groupe, l’apprentissage d’exercices simples, adaptés à notre demande. Il est parfois étonnant comme un même exercice peut répondre à des besoins très différents, l’aspect métaphorique de l’hypnose entrant en résonnance avec chacun, là où il est. Au-delà de la technique utilisée, c’est l’hypnose en elle-même qui est utile. Comme le disait Erickson : « aller à la rencontre de l’hypnose ». Les exercices expliqués, pratiqués puis réexpliqués, nous permettentde développer progressivement notre pratique personnelle à la maison.
Chacun peut
exprimer ce qui s’est passé entre deux séances, raconter ce qu’il a réussi. L’une raconte que ses migraines se sont espacées, qu’elle ne prend presque plus de médicaments, l’autre qu’elle dort mieux et ne fait plus de cauchemar, la troisième assure simplement que « ça va mieux ». Ces réussites sont d’excellents stimulants pour la pratique des autres membres du groupe, particulièrement pour les nouveaux, découvrant qu’il est possible d’atteindre l’objectif : d’autres l’ont fait. Quelle rigolade quand, parfois, personne ne se souvient des exercices du mois précédent ! Amnésie post hypnotique, transe profonde ?Heureusement, Elise prend des notes et nous recommençons puisque ça semble avoir si bien marché.

Travailler en groupe est un moteur. Lorsque l’on est plus avancé, on voit le chemin parcouru et les progrès réalisés. Ce mouvement vers l’objectif, cette dynamique de changement est notable chez chacun, au fur et à mesure des séances. Chacun des participants aide les autres à changer
leurs points de vue sur leurs problèmes. Cela crée un recadrage direct – par les commentaires –, et indirect : regarder une personne qui change est une excellente incitation au changement. Des phénomènes d’hypnose indirects très puissants entrent en jeu. Erickson l’utilisait souvent : hypnotiser une personne devant une autre peut créer une transe profonde chez l’observateur. Ecouter les histoires des autres et leurs solutions sont autant de métaphores pour chacun, et souvent celles des participants sont plus puissantes que celles du thérapeute. Cette pratique en groupe enrichit chacun de nouvelles ressources. Je l’ai personnellement ressenti ainsi qu’un réel
soutien pour ma pratique professionnelle. J’ai remarqué l’évolution chez chaque participant, l’autonomisation, au fil des séances. De plus, pratiquer ensemble crée du lien entre les participants. Ce sont comme des graines que l’on plante côte à côte, bien en terre, séance après séance, qu’il faut ensuite arroser régulièrement et qui peuvent devenir de belles plantes, voire plus.

PRINCIPES D’ANIMATION


Pour animer ces groupes, une solide expérience des phénomènes hypnotiques est utile : lévitation, catalepsie, amnésie, distorsions temporelles, altération du schéma corporel, analgésie... Autant de manifestations spontanées que je repère chez chacun, les aidant à ressentir pour eux-mêmes ces signes privilégiés de transe. S’associer ou se dissocier à la demande en fonction des besoins et des objectifs étant le but à atteindre. Je m’espère fondamentalement proche du travail d’Erickson. J’ai une grande confiancedans l’inconscient, l’esprit intérieur, notre partie sage, réservoir de compétences et d’apprentissages précoces. J’ai eu la chance de rencontrer Roxanna Erickson Klein à Nantes. De nos riches échanges j’ai envie de retenir deux axes : répondre aux besoins des patients et stimuler la plasticité cérébrale.

Répondre aux besoins des patients

Le groupe n’est pas à proprement parler préparé à l’avance. Il m’est plus agréable de co-créer, avec chacun et tous ensemble, le sur-mesure des besoins de ce jour-là. Comme en consultations individuelles, l’expression de l’objectif est importante : que souhaitez-vous que le groupe vous apporte ? Chacun parle, j’observe,je note, je rebondis, choisis et propose les exercices qui me semblent adaptés. Libre ensuite de faire ou ne pas faire, d’écouter ma voix ou une autre voix, une voix intérieure, une voix utile… A la maison, entre les groupes, apprendre aussi à définir un objectif. Que souhaitez-vous que cette séance d’hypnose vous apporte ? Attentive avec grand bonheur aux surprises de l’hypnose qui résout, parfois l’air de rien, d’autres problèmes que ceux que l’on croyait avoir, qui peut provoquer jusqu’àl’amnésie totale de ce qui nous gênait pourtant
depuis longtemps, ou nous proposer tout autre chose.

La sécurité intérieure est souvent le premier besoin. Exprimé ou non d’ailleurs, c’est au thérapeute d’être vigilant et de lerepérer. Les personnes réellement en danger dans leur vie extérieure ne sont pas accueillies dans le groupe ; elles doivent d’abord sécuriser leur présent. Pour être plus tranquille et travailler en confiance, le premier apprentissage du groupe est l’ancrage du présent3. La capacité immédiate à revenir, ici et maintenant, quelle que soit l’expérience négative que je suis en train de revivre. Quel objet ici, dans cette pièce ou dans mes affaires, désigne pour moi et de façon irréfutable le présent ? Je suis adulte, nous sommes le(date), et je participe à un groupe d’apprentissage de l’autohypnose. Kay Colbert, dans son expertise de la mindfulness, m’a transmis le même message : apprendre aux patients à sortir de l’expérience négative : « Get in and get out».

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A tous les praticiens de l’hypnose thérapeutique cet appel s’adresse.
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Jusqu’au 15 septembre prochain, vous êtes cordialement invités à proposer qui une conférence, qui un atelier, qui une participation à une table ronde.

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Auteur majeur du courant éricksonien, Stephen Gilligan présente ici les fondements de son propre apport à la pratique et la théorisation de l’hypnose : la notion de transe générative. La transe générative est un espace expérientiel à partir duquel de nouvelles dimensions de la réalité peuvent être créées. Elle est ainsi un moyen efficace pour le voyage de conscience qui est au coeur d’une vie pleine de sens.

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Lentement, l’hypnose trouve sa place en cancérologie. David Ogez en présente une application originale : la prise en charge de l’après-annonce. Si le développement des approches chirurgicale, oncologique et radiothérapeutique permet aux traitements des maladies cancéreuses d’évoluer significativement, que la souffrance psychologique soit reconnue, et de ce fait, que la qualité de vie des patients soit prise en compte par l’essor de la psycho-oncologie, il n’en reste pas moins que le terme « cancer » génère autant d’incertitude que par le passé. En effet, il apparaît que, dans l’inconscient collectif, l’association automatique entre les notions de mortalité et de cancer représente une suggestion anxiogène complexe qui altère le bien-être du patient.

Concordanse. Thérapie conjugale ondulatoire. Frédéric BERBEN
Considérer l’individu qui constitue, avec son partenaire, le couple, est un fondement original pour envisager la thérapie conjugale comme une danse où l’hypnose suscite un accordage créatif. « Je me lève et je te bouscule, tu n’te réveilles pas, comme d’habitude, sur toi je remonte le drap, j’ai peur que tu aies froid, comme d’habitude, ma main caresse tes cheveux, presque malgré moi, comme d’habitude, mais toi tu me tournes le dos, comme d’habitude… ».

Face à un déficit en hormone de croissance. Marie Clotilde WURZ DE BAETS
La pratique de l’hypnose s’aventure dans de nouveaux chemins pour activer les ressources nécessaires pour faire face à la période de crise que représente, après une naissance, la découverte d’une maladie grave. Pour aider l’enfant comme les parents.Il était une fois dans mon histoire personnelle. Ou plutôt il était plusieurs fois dans mon histoire personnelle et professionnelle : des temps, des lieux, des moments où les contes se sont invités.

Hypno-philo: Ethiques de la coopération. Dr Thierry Servillat
Ce livre n’est pas à proprement parler de la philosophie. Richard Sennett est professeur de sociologie à New York et à la London School of Economics. Retraité, il prend le temps de compléter et terminer son oeuvre. Influencé par Michel Foucault, il a travaillé sur de nombreux sujets, dont, dernièrement, la question des compétences dont les gens ont besoin dans leur vie quotidienne. En commençant par celles requises dans l’artisanat, inspirant l’opus traité lors de notre dernier Hypnophilo.

“Vous pouvez compter sur moi ”. Dr Stefano COLOMBO Quiprocquo, Malentendu et Incommunicabilité 34
“ Vous pouvez compter sur moi ”.Voilà une phrase que le thérapeute est souvent tenté de prononcer. Elle est rassurante, presqu’une garantie. Elle a le parfum de la signature d’un contrat.Un contrat ? Un contrat prévoit la signature des deux parties. Alors ? Est-ce que le patient est aussitôt prêt à déclarer que le thérapeute peut compter sur lui ? Pas si sûr.

Suggestif, magnétique, sportif, et surtout réparateur...Antoine Bioy
Pour commencer cette rubrique, posons- nous la question de savoir si le fameux « Dormez, je le veux ! » n’était pas si absurde ? Cordi et coll. (2014) montrent en effet que des suggestions pré-repos reçues en état hypnotique améliorent de façon significative la durée du sommeil. Très exactement, il s’agit du sommeil lent profond, impliqué dans l’amélioration de la plasticité cérébrale, et des capacités de restauration du corps (stimulation des défenses immunitaires…)

Ici et ailleurs. Transes et mots d'est et d'ouest. Christine GUILLOUX
Troisième édition, du 6 au 8 février 2014, à Paris, pour ce colloque «Hypnose d’ici, Hypnose d’ailleurs» de l’Association Thérapies d’ici et d’ailleurs. Spécialistes internationaux en provenance des Amériques comme de la Russie, des Indes comme de la Suisse, et de diverses régions de France, médecins, psychologues, neuroscientifiques, sont intervenus autant comme conférenciers que comme animateurs d’ateliers tant dans le traitement de la douleur, du stress post-traumatique, de la gestion des émotions, de l’apport des neurosciences…

Jeunesse et hypnose médicale. Stéphane RADOYKOV
Les ferments d'Hypnocrate. Être médecin, ça veut dire quoi ? Tu verras quand tu seras grand. D’accord, mais c’est quoi alors être un bon médecin ? Tu verras cela en temps voulu. Et un mauvais médecin, qu’est-ce que c’est ? En serai-je un ? Et puis qu’est-ce que je fais là autour de toute cette souffrance ?