L'auto-hypnose pour l'autonomie

Les patients à l'oeuvre


Par Elise LELARGE, Edith HAMEON-BEZARD

Revue Hypnose & Thérapies brèves n°34

Particulièrement remarqué et apprécié lors du récent congrès de La Rochelle, l’atelier d’autohypnose d’Elise Lelarge et Edith Haméon-Bézard a donné lieu à ce texte qui en
exprime l’essence. Grâce aux nombreuses études scientifiques, le bénéfice de la pratique quotidienne de l’autohypnose en douleur chronique n’est plus à démontrer. Comment apprendre aux patients à s’approprier suffisamment l’« outil » hypnotique pour une pratique aussi sécure qu’autonome à la maison ? Développer leur propre créativité pour ne pas tomber dans une « simple» relaxation ou détente, mais bien mettre en place des processus efficaces d’analgésie et de changement. Une expérience de groupe d’autohypnose pour lespatients a été mise en place au CITI depuis 2012. Des exemples concrets de la pratique clinique au cabinet vous permettront, à la fois, de développer votre pratique personnelle de l’autohypnose et de mieux accompagner les processus d’apprentissage de vos patients.


AU COEUR DE L’APPROCHE DE MILTON H. ERICKSON : LA FACULTÉ D’AGIR PAR SOI-MÊME


L’idée des groupes est née de la demande des patients. Comment mieux pratiquer à la maison ? Ayant remarqué pour euxmêmes l’utilité des séances d’hypnose en
consultations individuelles, beaucoup cherchent à s’approprier suffisamment l’outil.

Un double objectif est recherché :

- l’autonomie dans le présent : les études scientifiques montrent que le niveau d’amélioration dans les pathologies chroniques (parkinson, SEP, intestin irritable, douleur…) est lié à l’intensité de la pratique quotidienne,

- et la sécurité à long terme : se sentir capable de faire face à de nouvelles difficultés éventuelles dans l’avenir par la maitrise de l’autohypnose.

Les « K7 », enregistrées par le thérapeute, répètent par essence le même script. Le défi du groupe est de transmettre suffisamment l’apprentissage pour que chaque patient devienne capable de fabriquer sa propre séance suivant les besoins du moment. Au-delà d’une simple relaxation, développer à la demande catalepsie, lévitation, amnésie, analgésie, distorsion temporelles...
L’ancrage des ressources est au coeur de la pratique du groupe : regarde ce dont tu es capable.

LE CENTRE


Les locaux du CITI, avec la salle de réunion, formation, atelier, sont porteurs de ce projet. En nous installant ensemble2 en 2011, nous avons choisi d’avoir de l’espace. Dans ce cabinet, de groupe lui aussi, les idées, les inventions et la créativité sont stimulées. Les échanges informels le midi, tout comme le temps de staff hebdomadaire, permettent de partager la pratique, de se lancer des défis et de créer des solutions. Ce qui est vrai pour les fourchettes ne l’est pas pour les idées. Si nous avons chacun une fourchette, que tu me donnes la tienne alors que je te donne la mienne,
nous avons toujours chacun une fourchette.

Si nous avons chacun une idée, que tu me donnes ton idée et que je te donne la mienne, nous avons chacun deux idées. Comme au CITI certains ont plutôt 15 idées, j’ai parfois du mal à suivre… Ceci dit, ce qui marche pour les thérapeutesdoit marcher pour les patients. Proposer un espace pour les patients, leur permettre de partager leurs idées et solutions « de patients » qui sont souvent plus efficaces et utiles que nos idées « de thérapeutes ».

Edith Haméon-Bezard, médecin anesthésiste en retraite, hypnothérapeute, est venue rejoindre l’équipe du CITI pour proposer quelques consultations de thérapie et mettre ainsi son expérience au service des patients. Elle m’a fait l’amitiéd’être la première inscrite à mon groupe. Son enthousiasme pour cette activité m’a portée, et je vais maintenant lui laisser la parole.

EDITH (PARTICIPANTE)
J’ai choisi d’aller suivre les ateliers d’autohypnose proposés par Elise pour en découvrir les avantages. Je pense qu’il est bon, en tant que soignant, de se trouver « de l’autre côté de la barrière «, être patient de temps en temps pour vivre et comprendre ce qui est ressenti de ce côté-là. Depuis plusieurs mois, je participe au groupe, je découvre les bienfaits de cette forme de travail et je suis « addict » ! Nous sommes réunis à 5 ou 6 pendant deux heures, autour d’Elise, une fois par mois. Le groupe est ouvert, ce qui veut dire que de nouveaux participants peuvent se
joindre au groupe (après accord d’Elise).
Les niveaux de pratique sont donc différents.Nous  commençons la séance en nous présentant par nos prénoms, puis Elise nous demande nos attentes ou objectifs. Cela permet, d’une part d’adapter le travail à nos besoins, d’autre part de nous focaliser déjà sur les idées nouvelles et les solutions plutôt que sur la longue liste des causes, de ce qui ne va pas et de nos problèmes. Le travail hypnotique commence par ces conversations de début de groupe, à notre insu. Elise fait de nombreux recadrages sur la façon dont nous nous parlons à nousmême… « Essayer », « ne pas », « ne plus », « arrêter », pensées négatives de nous et croyances limitantes…
Autant de freins
qui entravent les processus naturels de guérison. Avec sa sonnette de comptoir, elle n’hésite pas à nous interrompre pour rendre conscients ces processus automatiques de dénigrement intérieur. Elle s’autorise beaucoup d’humour et des interventions parfois théâtrales pour nous faire, déjà, réagir. Ensuite commence le coeur du travail du groupe, l’apprentissage d’exercices simples, adaptés à notre demande. Il est parfois étonnant comme un même exercice peut répondre à des besoins très différents, l’aspect métaphorique de l’hypnose entrant en résonnance avec chacun, là où il est. Au-delà de la technique utilisée, c’est l’hypnose en elle-même qui est utile. Comme le disait Erickson : « aller à la rencontre de l’hypnose ». Les exercices expliqués, pratiqués puis réexpliqués, nous permettentde développer progressivement notre pratique personnelle à la maison.
Chacun peut
exprimer ce qui s’est passé entre deux séances, raconter ce qu’il a réussi. L’une raconte que ses migraines se sont espacées, qu’elle ne prend presque plus de médicaments, l’autre qu’elle dort mieux et ne fait plus de cauchemar, la troisième assure simplement que « ça va mieux ». Ces réussites sont d’excellents stimulants pour la pratique des autres membres du groupe, particulièrement pour les nouveaux, découvrant qu’il est possible d’atteindre l’objectif : d’autres l’ont fait. Quelle rigolade quand, parfois, personne ne se souvient des exercices du mois précédent ! Amnésie post hypnotique, transe profonde ?Heureusement, Elise prend des notes et nous recommençons puisque ça semble avoir si bien marché.

Travailler en groupe est un moteur. Lorsque l’on est plus avancé, on voit le chemin parcouru et les progrès réalisés. Ce mouvement vers l’objectif, cette dynamique de changement est notable chez chacun, au fur et à mesure des séances. Chacun des participants aide les autres à changer
leurs points de vue sur leurs problèmes. Cela crée un recadrage direct – par les commentaires –, et indirect : regarder une personne qui change est une excellente incitation au changement. Des phénomènes d’hypnose indirects très puissants entrent en jeu. Erickson l’utilisait souvent : hypnotiser une personne devant une autre peut créer une transe profonde chez l’observateur. Ecouter les histoires des autres et leurs solutions sont autant de métaphores pour chacun, et souvent celles des participants sont plus puissantes que celles du thérapeute. Cette pratique en groupe enrichit chacun de nouvelles ressources. Je l’ai personnellement ressenti ainsi qu’un réel
soutien pour ma pratique professionnelle. J’ai remarqué l’évolution chez chaque participant, l’autonomisation, au fil des séances. De plus, pratiquer ensemble crée du lien entre les participants. Ce sont comme des graines que l’on plante côte à côte, bien en terre, séance après séance, qu’il faut ensuite arroser régulièrement et qui peuvent devenir de belles plantes, voire plus.

PRINCIPES D’ANIMATION


Pour animer ces groupes, une solide expérience des phénomènes hypnotiques est utile : lévitation, catalepsie, amnésie, distorsions temporelles, altération du schéma corporel, analgésie... Autant de manifestations spontanées que je repère chez chacun, les aidant à ressentir pour eux-mêmes ces signes privilégiés de transe. S’associer ou se dissocier à la demande en fonction des besoins et des objectifs étant le but à atteindre. Je m’espère fondamentalement proche du travail d’Erickson. J’ai une grande confiancedans l’inconscient, l’esprit intérieur, notre partie sage, réservoir de compétences et d’apprentissages précoces. J’ai eu la chance de rencontrer Roxanna Erickson Klein à Nantes. De nos riches échanges j’ai envie de retenir deux axes : répondre aux besoins des patients et stimuler la plasticité cérébrale.

Répondre aux besoins des patients

Le groupe n’est pas à proprement parler préparé à l’avance. Il m’est plus agréable de co-créer, avec chacun et tous ensemble, le sur-mesure des besoins de ce jour-là. Comme en consultations individuelles, l’expression de l’objectif est importante : que souhaitez-vous que le groupe vous apporte ? Chacun parle, j’observe,je note, je rebondis, choisis et propose les exercices qui me semblent adaptés. Libre ensuite de faire ou ne pas faire, d’écouter ma voix ou une autre voix, une voix intérieure, une voix utile… A la maison, entre les groupes, apprendre aussi à définir un objectif. Que souhaitez-vous que cette séance d’hypnose vous apporte ? Attentive avec grand bonheur aux surprises de l’hypnose qui résout, parfois l’air de rien, d’autres problèmes que ceux que l’on croyait avoir, qui peut provoquer jusqu’àl’amnésie totale de ce qui nous gênait pourtant
depuis longtemps, ou nous proposer tout autre chose.

La sécurité intérieure est souvent le premier besoin. Exprimé ou non d’ailleurs, c’est au thérapeute d’être vigilant et de lerepérer. Les personnes réellement en danger dans leur vie extérieure ne sont pas accueillies dans le groupe ; elles doivent d’abord sécuriser leur présent. Pour être plus tranquille et travailler en confiance, le premier apprentissage du groupe est l’ancrage du présent3. La capacité immédiate à revenir, ici et maintenant, quelle que soit l’expérience négative que je suis en train de revivre. Quel objet ici, dans cette pièce ou dans mes affaires, désigne pour moi et de façon irréfutable le présent ? Je suis adulte, nous sommes le(date), et je participe à un groupe d’apprentissage de l’autohypnose. Kay Colbert, dans son expertise de la mindfulness, m’a transmis le même message : apprendre aux patients à sortir de l’expérience négative : « Get in and get out».

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